Bretelles 4

Bonjour Gérard,

Henriette et Charlotte m’ont appris que tu traversais une mauvaise période en ce moment. Toutes deux savent que nous avons souvent travaillé ensemble, toi et moi. Aussi, elles m’ont demandé si je ne pouvais pas t’apporter une aide quelconque.

Suite au rapport qu’elles m’ont expédié, je remarque que t’as perdu le langage du vrai actionnaire. Pourtant, de nos jours, ce langage est largement employé à toutes les sauces de la vie, que ce soit à la radio, à la télé ou, même, dans les journaux.

L’analyse de ton dossier démontre clairement que la logistique de ton plan d’affaires actuel n’est pas bonne. Métro, boulot, dodo, à l’ère de la mondialisation, ne vaut plus rien.

Tu peux voir par toi-même que ta cote de crédit a chuté dramatiquement. Bientôt tu vas peut-être cesser de fumer pour économiser des miettes et tu ne pourras même plus savourer les véritables vins parce qu’ils seront trop chers. Tout cela affecte tellement le centre opérationnel de n’importe quel produit vivant, que tu vas aboutir à la monogamie sans même t’en rendre compte. En somme, une faillite globale.

Dis non à cette existence d’apparat. Reprend ton attitude positive et emploie les formules gagnantes. Ton concurrent, le travailleur, n’a plus la cote en ce moment. C’est donc le temps idéal de le faire travailler à meilleur marché.

Pour la réalisation de ta relance, tu n’as qu’à optimiser tes atouts et les mégatiser à la face du monde dans sa globalité. Tu maximises ainsi le recouvrement de ton crédit et, très vite, ton profit surpasse tes pertes collatérales. Finalement, tu représentes la réussite. Et tu peux alors dire et faire ce que tu veux, puisque les masses populaires ne respectent que le succès individuel.

Je dois te quitter puisqu’un esclave volontaire vient de m’apprendre que mon jet est enfin prêt à décoller. Je m’en vais au Turkestan pour y voir les sous-produits qui y vivent. Ils ont sûrement besoin d’un solide marketing dans cette région. Bah, je verrai une fois sur place.

Mais je ne t’oublie pas. Après tout, entre actionnaires privilégiés, riches et anonymes, on doit constamment s’assurer d’un soutien aussi profitable qu’international. J’ai d’ailleurs en tête un projet, l’ouverture d’un nouveau dossier, qui va non seulement t’intéresser, mais te remettre en piste dans le monde des vraies affaires.

À bientôt,

Gustave