Reconnu par la population comme un bon romancier, Serge était devenu le porte-parole de tous ceux qui écrivaient dans le pays. Ce rôle de représentation lui convenait assez pour satisfaire une ambition qui s'arrêtait là. En effet, il n'arrivait pas à savoir s'il préférait enseigner ou écrire et balançait entre les deux.
C'était comme pour sa fiancée, Suzy. Malgré ses 34 ans, Serge n'avait pas encore décidé de vivre avec elle. Il n'avait pas sauté le pas et, comme un adolescent attardé, vivait toujours chez ses parents. Cet état le satisfaisait pleinement car, ses sentiments pour elle, allait de l'admiration à la fougue, mais aussi, de l'agacement à la fuite. D'une nature plutôt tranquille, elle le poussait souvent à aller de l'avant, ce qui ne lui convenait qu'à moitié. Heureusement pour lui, elle était de nature indépendante et malgré l'avis de leurs parents respectifs, ils avaient décidé de ne pas céder aux chimères du mariage. C'est ainsi que leur drôle de couple tenait depuis plus de cinq ans.
Tous les matins, Serge allait à pieds jusqu'à son lycée. Il retrouvait ses élèves vers les sept heures trente et s'asseyait invariablement face à un pupitre qui se trouvait dans le fond de la classe. Il attendait patiemment que les élèves s'installent et commençait son cours dans leur dos. Cela avait beaucoup perturbé les élèves, mais ils s'étaient lentement habitués. Au début, ceux qui s'étaient retournés pour le regarder, avaient été prié de reprendre position. Les enfants n'entendaient que le son de sa voix et ne sachant jamais où il était, se tenaient à carreaux. Ajouté à cela, un cours toujours vivant et même passionnant, il obtenait d'excellents résultats.