L'espace d'une vie

Portrait de Delvina Lavoie

L'espace d'une vie...el espacio une vida.

Tout est passé si vite...à peine le temps de fermer les yeux puis de les ouvrir à nouveau.

J'étais là, je regardais l'oiseau voler dans le ciel, et comme lui je rêvais de planer parmi les nuages. Alors, je me suis fait un monde merveilleux, où ne vivaient que l'amour, la paix et l'harmonie.

Évidemment j'ai grandi. Et tout cet univers de beautés s'effrita peu à peu, même s'il demeurait au fond de mon âme et de mon coeur toute la magie de ce lieu que j'avais dû m'inventer afin de survivre. Survivre à la peine, survivre à la mort.

Aujourd'hui, il y a tous ces gens qui courent autour de moi et qui se faufilent dans mon existence. Je les regarde, ils me ressemblent et pourtant ils sont si différents. Ou alors c'est moi qui suis différente.

Et par cette différence, je suis. Je suis celle qui a marché, qui a rit, qui a pleuré, qui a joué, qui a aimé et qui a espéré. Dans tout ce que j'ai été et suis encore, se perdent dans les dédales de mon esprit tous ceux et celles en qui je croyais, et qui croyaient aussi en moi.

Alors, vos vies se mêlent à la mienne. Ensemble nous connaissons des joies, des instants de bonheur et de plénitude. Ce que vous ressentez, je le ressens...et ce que vous cachez au fond de vous me fait mal aussi.

L'espace d'une vie. Tout est si relatif, et les choses n'ont que l'importance que nous leur donnons, pas vrai? L'amour...el amore...la passion...el pasion...pour la vie, pour les gens, pour la terre, pour un homme, pour un inconnu, pour une amie retrouvée, pour toi et pour moi.

Et je vis encore, parce que tu vis aussi. Ta force et ton courage inspirent, et d'eux se dégagent tant de cette chaleur et de cette envie de vivre, que celles-ci deviennent également le moteur qui me propulse ailleurs.

L'oiseau vole toujours. Il s'élève au-dessus des montagnes de froidure et fait battre mon coeur. Oui, j'ai erré en ce monde souvent inconnu. Je me suis battue, je me suis déchiré, et j'ai hurlé jusqu'à ce que mes cris se perdent dans la nuit. Pourtant, à chaque pas et à chaque souffle, je revenais à la maison. Cette maison qui demeurait malgré tout le berceau qui m'avait tenu dans ses bras, et qui me miroitait qui j'étais vraiment.

Maintenant, après tout cela, il y a nous. Nous qui naissons, nous qui grandissons, nous qui volons haut, et qui tombons souvent. Néanmoins envers tout cela, nous voulons croire et vivre encore un jour de plus. El esperanza...l'espoir n'est-il pas que le dernier à mourir?!?

Hier, parfois j'étais égarée...car dans ces sentiers trop épineux, je m'étais blessé les pieds jusqu'au sang. Aujourd'hui, je retrouve peu à peu ma route, celle où poussent les roses. Et demain, sur cette route que je prends et qui me conduit vers cet oasis qui m'attend, les roses se fâneront. Mais le coeur et l'esprit de ce que je fus restera parmi vous, puisque vous les ferez revivre par mes mots.

Et l'espace d'une vie, j'ai vécu oui, mais surtout à ma manière...a mi manera.

Delvina Lavoie.