Fin des années quatre-vingt-dix au centre-ville de
Montréal, Norm, un être à part qui fait de drôles de choses,
a trouvé sa voie ainsi qu’un habitat qui lui convient et,
chance inespérée, il a fait une découverte capitale pour
l’avenir de l’humanité.
Mais, noyau de l’intrigue, le scepticisme de ce même
genre humain l’attend au tournant sous toutes les formes
imaginables. Abordant aussi sa quête plus vaste d’un
légitime bonheur, le roman nous entraîne dans une série de
polaroïds qui, soient-ils minimalistes par définition, font
honorablement ressortir le besoin, la difficulté non pas ici
de s’intégrer mais bien d’entrer en harmonie avec une
société qui comprend et accepte mal la différence.
Racontée dans une langue tantôt le moins éloignée possible
de celle de la rue, là courtisant les hauteurs, l’histoire est
d’ailleurs porteuse d’une riche thématique, amour, passion,
désabusement, naïveté volontaire, aspect martial de
l’existence, caractère frénétique de la vie moderne, univers
intérieur, espace lexical modeste et superficialité n’ont
jamais été synonymes.
Finalement, avis aux personnes sensibles, en raison même de l’effort de réalisme que s’est imposé l’auteur, certains passages du récit sont très durs. Ces éléments ne relèvent cependant pas de la gratuité et font l’objet d’un
traitement nuancé.
Maintenant, au public de juger de ce premier élan d’Yves
Cyr, qui se démarque pour avoir su y rendre avec une
grande justesse les sentiments éprouvés aux moments
charnières du parcours existentiel. Une signature à retenir.