Képi blanc (2)

L’appareil nous amenait droit en territoire montagneux. J’ai ressenti une drôle de sensation quand il s’est mis à voler entre les sommets, mais ce même appareil s’immobilisait très tôt au-dessus d’une crête sur laquelle nous devions sauter.

Y avait là des civils déguisés en militaires. Ils se disaient ‘commandos’. Tout comme mes camarades, je me foutais pas mal de leurs prétentions. Nous, on venait les démerder et, en retour, on s’attendait à ce qu’ils nous donnent de l’eau. Or, pour eux, notre manque d’eau ne semblait pas être une priorité. On en déduisait qu’il fallait les sortir du piège à cons dans lequel ils s’étaient fourrés avant d’avoir le droit de renouveler nos rations.

De toute manière, notre adjudant nous entraînait déjà dans des manœuvres qui allaient durer une bonne partie de la nuit, jusqu’à l’élimination de rebelles plus cachotiers que coriaces.

Une fois l’opération terminée, j’entendais notre sous-off rappeler l’hélico qui nous avait amenés jusque-là. Mes camarades et moi savions ce que signifiait ce rappel de notre adjudant : nous n’avions aucune perte, aucun blessé, et nous allions reprendre l’entraînement là où on l’avait laissé.

Alors, j’ai immédiatement approché un des commandos pour lui demander une part de sa ration d’eau. Il me la refusa net. J’ai essayé de lui faire comprendre que nous étions sur un parcours de cent km avec tout le barda sur le dos quand nous sommes venus à son aide. Voilà quelque chose qu’il ne pouvait pas ne pas comprendre. Il resta de glace.

J’ai donc dû insister quelque peu en lui foutant la crosse de mon arme en pleine gueule. Après quoi j’ai pris la gourde qui pendait à son ceinturon pour ensuite me diriger vers l’hélico qui venait nous cueillir.

Lorsqu’on était tous dans l’appareil et que celui-ci prenait de l’altitude, j’ai commencé à avoir une certaine crainte après ce que je venais de faire au gars du commando. Je ne voulais pas être mis au trou pour avoir frappé une mauvaise cible.

Je ne voulais surtout pas que ma perm s’envole pour une raison aussi bête !

Jeannarrache_911
12 janvier 2011
349 mots