L'adversaire de Ben

L’adversaire de Ben en était venu à pratiquer la boxe par un drôle de chemin. À peine adolescent, il avait dû s’inscrire dans une école où les gars de son âge jouaient les durs.

Il n’était ni grand ni gros et la bagarre ne l’avait jamais intéressé. Toutefois, il ne pouvait s’en exclure sans être irrémédiablement rejeté par tous ses camarades. Alors, il s’était résigné à ce que certains le prennent pour un sac de sable ou, encore, à ce que d’autres se réchauffent sur lui… avant une vraie bagarre !

Un jour, pourtant, tout cela devait changer radicalement quand un costaud de l’école se moquait de lui et le rendait fou de rage.

Il s’élançait sur le gars, même si ce dernier était plus grand et plus gros que lui. À la différence des autres bagarres, cette fois, il gardait la tête haute et les yeux grands ouverts afin de pouvoir frapper, lui aussi. Il se fichait carrément de manger des coups sur la gueule ; de toute façon, il en avait l’habitude. Et, curieusement, son audace le payait car il expédiait le costaud au plancher après lui avoir brisé le nez.

Ce n’est que plus tard, quand sa rage se fut apaisée, qu’il saisissait véritablement les raisons de sa victoire. Il se rappelait que son adversaire avait toujours eu la même posture et les mêmes petits gestes avant de frapper. Pour éviter les coups, il n’avait eu qu’à se retirer devant eux dès qu’il avait pressenti leur déclenchement. Parfois, cela n’avait été qu’un simple retrait de la tête ; d’autres fois, il avait dû se déplacer tout d’une pièce et très rapidement.

Il n’avait toutefois pas le temps d’élaborer très longuement sur ces conclusions car les autres costauds de l’école se pointaient, avides de corriger une situation qui, à leurs yeux, était anormale.

Ainsi, et sans même s’en rendre compte, il se dotait d’une technique originale lorsqu’il affrontait les plus durs de son établissement, jusqu’au dernier.

Par la suite, sa réputation et les rumeurs faisaient le reste. Un club de boxe le recrutait. Ce sport ne lui déplaisait pas malgré l’entraînement pénible auquel il devait s’astreindre. Très rapidement, il passait dans les rangs professionnels et, sous la gérance d’un bon entraîneur, il remportait ses combats.

Tout allait plutôt rondement pour lui, jusqu’au jour où, pour une somme alléchante, on lui offrait d’affronter Ben, une armoire à glace qui lui foutait les jetons…

Jeannarrache_911