Le renard a faim.
Une longue randonnée à travers son territoire amène le renard à l’orée de la forêt. Déjà les vents lui avaient soufflé cette odeur caractéristique d’une basse-cour. Une odeur qui excitait ses papilles gustatives.
Derrière un bosquet, il s’arrête, observe, et ce qu’il voit le rend fou de joie. Son odorat ne l’avait pas trompé. Là, au bout d’une grande surface de terre plate, une bande de poulettes à chair douce et bien grasse caquètent.
Elles sont enfermées dans une tanière qu’il n’a jamais vue dans la forêt, un poulailler. Cette tanière est un garde-manger de rêve pour lui. Mais il réprime l’envie de courir spontanément vers ce festin de renard. Rusé, il attend plutôt que le jour baisse.
Durant l’attente, il entend japper. Un mauvais signe pour lui. Il ne craint pas ces loups qui jappent, car ce ne sont pas des vrais loups selon lui. Mais ces derniers ont la fâcheuse habitude de réveiller toute la faune quand ils le sentent venir. Ils attirent surtout une autre espèce d’animal qu’il ne connaît pas bien et dont il se méfie grandement.
Il lui est déjà arrivé de sentir, d’entendre et de voir ces bêtes sans poils qui marchent sur leurs pattes arrière en tout temps. Pour lui, ces bêtes sont des animaux anormaux qu’il faut fuir.
Ces bêtes n’ont pas de griffes et leurs dents ne sont pas menaçantes, mais elles manient de longues branches très droites, introuvables dans la nature, qu’elles font exploser comme le tonnerre et qui envoient des pierres invisibles à la vitesse de l’éclair.
Devenir la cible de ces pierres n’a rien d’invitant. Par contre, la chair tendre et juteuse d’une poulette bien grasse est irrésistible.
Aussi, à la tombée de la nuit, le renard s’approche de la tanière aux poulettes avec son nez contre le vent. Ses victimes ne l’aperçoivent qu’à la dernière minute, quand il s’empare de l’une d’elles d’un coup de dent et qu’il l’emporte dans sa tanière à lui.
Après tout, le renard se dit-il, j’ai de bons yeux et de bonnes oreilles. Je cours bien et vite. Alors quoi demander de plus, sinon une bonne poulette bien grasse !
Jeannarrache_911
Déc. 09, 372 mots.