RÉVEIL

Portrait de francoisdalayrac

REVEIL

Dans la nuit neurasthénique qui est tombée à verse sur le toit,

une musique s'est infiltrée dans ses veines comme un vin épais et anesthésiant.

Les cordes aux doigts du virtuose récitaient un adagio à la césure inversée.

Inquiétante discordance
pour l'air qui aurait dû être léger,
la pavane d'une enfance
défunte avant d'avoir pris son odeur.

L'oiseau là haut dans le ciel dégagé
referme d'un coup d'aile la marche funèbre de la veille.

Narcose du matin gris et doux,
dans la perfection des abîmes symphoniques, elle cherche encore du repos.

Et moi je commence à percevoir sa voix qui se cherche au fond d'une gorge blanche qui s'ouvre
sur un aria aux seins dormants.

Elle m'appelle, me rappelle, dans sa main qui se pose sur mon sein et elle me dit :

« Qu'y a – t – il de plus douloureusement joyeux que Mozart,
dans cette petite flamme bleue de lucidité tragique qui danse en trouant les brumes de l' onirisme
quand on ne l'attend pas

et où la vie ranime sa flamme?

Je suis changeante et sauvage

je suis femme

et je n'aime que toi.

Tu es pour moi celui qui danse les pieds ailés contre la tristesse. »