SCENE DE NUIT

Portrait de francoisdalayrac

SCÈNE DE NUIT

Dans une nuit urbaine monochrome, froide et funèbre, où râle l'agonie d'un vent à couper au couteau je vais me tirer une bordée.

Dans une percée livide de néons polychromes
Je déroule le tapis d'une rue océane
Sous un lit de ciel glacé qui s'étire
En crachant sur l'horizon des étoiles de banquise.

Une femme déshabillée d'avance s'enroulant autour de sa fleur éclatée dans un jardin suspendu par des spirales de givre,

M'assomme du poids de son sexe qui germe.

Elle me suit

Et je reste captif entre ses pas qui crissent
Comme la vrille obsédante du grillon sur mes nerfs mis au vif.

Elle parle.

Ses mots suscitent l'envie de chair.
J'entends le sirop d'un corps chaud et juteux,
Musique douce qui sourd des racines de la terre,

A l'envers d'une peau blanche et blonde,
Les lèvres confites,
Je lèche la sueur acide d'un champ de citronniers
Et mes mains glissent sur ses seins qui transpirent.

La lune de blé mûr coule de ses cuisses.
J'y bois la cerise et la fraise et un thé de cannelle
En jouissant renversé dans la neige qui se noie.

L'hiver ce soir a changé de visage.

Les morts en sont absents.