Sombritude 2

Portrait de olivannecy

Sombritude 2

La main se tend, fébrile, mais décidée, tourne le loquet de la fenêtre et tire.
L’air s’engouffre avec violence dans la petite pièce, accompagné d’un brouhaha commun… puis ça se disloque, les sons s’éparpillent pour mieux rebondir sur les murs blancs et froids.
Ils reviennent ainsi embrasser ses oreilles dans leurs débits distinctifs. Des grincements, des cris, des chocs, des animaux, mais surtout les plus variés… les pas des gens qui arpentent la rue.
Il approche son visage. L’air frais lui lèche lentement la joue droite avant de lui barbouiller la figure de senteurs diverses. Toutes ne sont pas spécialement agréables, mais il les hume doucement. Pour lui cet amalgame bioénergétique ravive ses sens, car il ne les côtoie que trop peu depuis le début de sa maladie.
Il s’installe dans son fauteuil. La tête calée contre le chambranle de la fenêtre, il observe la vie.
Ses journées s’évaporent ainsi depuis des mois. Son horizon n’est pas des plus enviable, mais sa liberté de mouvement est désormais limitée de part l’exigüité de son misérable studio et du fait qu’il doive ménager l’usage de ses jambes.
Finit les longues balade au long du canal, le nez au vent, flânant sans but précis, dans la totale ignorance de se privilège.
Aujourd’hui, il en connait enfin la valeur, lui qui désormais ne se meut que du lit au fauteuil, du fauteuil au lit et pour ses quotidiennes nécessités.
Le mal a été si soudain… d’abord de petits élancements musculaires ça et là. Des courbatures, selon lui. Puis cela est devenu plus fréquent, le surmenage au boulot et l’âge ayant bon dos. Enfin, les douleurs ont commencées à disparaître, emmenant avec elles la vaillance de ses membres. Moins de mal certes, mais un corps abâtardi. Pour finir, les tremblements, tout ceci ne lui permettant plus guère d’aventures.
Heureusement, il a au moins la petite Sophie, sa jeune voisine de palier qui veille un peu sur lui, fait ses courses et une partie de son ménage. Ses visites éclairent ses journées de part sa bonne humeur et son rire si doux.
Dehors, ils sont si actifs, si pressés, laissant la vie les happer, sans la contrôler.
Ils ne savent pas qu’au 2, rue des Aster, il se liquéfie, lentement, lentement…

31/07/09
:oj LeR@miou