Ce matin, les rayons du soleil entraient dans ma cuisine

Ce matin, les rayons du soleil entraient dans ma cuisine

Mon emploi perdu et ma femme partie, il ne me restait plus que la maison, laquelle je m’apprêtais à vendre bon marché d’ailleurs.

Mais le jour où je devais rencontrer le courtier en immobilier, je me levais mal en point. Les yeux rougis et les traits tirés, ma barbe suppliait d’être rasée et mes cheveux réclamaient un bon coup de peigne.

Toutefois, ce matin-là, les rayons du soleil entraient dans ma cuisine. Ils réchauffaient le carrelage du plancher sous mes pieds et, lorsque j’ouvris les fenêtres pour mieux goûter à cette douce chaleur du matin, les pièces de la maison se vidaient de l’humidité de la nuit pour s’emplir d’un concert des moineaux juchés du gros arbre de la cour arrière.

Ma tasse de café à la main, bien assis dans ma chaise berçante, j’écoutais silencieusement ces moineaux. Ils parlaient comme on chante, souvent haut et fort, mais sans jamais irriter les tympans.

Soudain, ils s’envolaient tous dans un grondement de battements d’ailes. Le chat du voisin avait surgi sur la pergola de mon patio et, tendu, l’animal dévorait des yeux le feuillage du gros arbre, espérant y repérer une proie. Le manège du félin durait encore quelques minutes, puis il s’en retournait d’où il venait, déçu.

Je remarquais alors que la pergola nécessitait un sérieux coup de pinceau, que le bois de la remise, près du gros arbre, pourrissait, et que la terre du petit jardin attendait toujours d’être remuée, avant de pouvoir être ensemencée.

Ma maison et mon terrain ressemblaient étrangement à la vie de la société d’aujourd’hui. Et ça, je n’en voulais pas. Comme une étincelle, ce constat me poussait à mettre un peu d’ordre dans ce décor d’abandon. La remise cachait encore mes outils et j’avais tout mon temps pour les utiliser. De plus, bouger me ferait le plus grand bien.

J’hésitais encore un peu cependant, car le courtier en immobilier devait passer me voir, aujourd’hui même, pour fixer les termes de la vente. Or, je ne voulais plus vendre.

Alors, qu’allais-je lui dire ? Que j’avais apprécié la sérénade des oiseaux, que le chat du voisin avait visité ma cour ! Ou encore que, ce matin, les rayons du soleil entraient dans ma cuisine et que j’entendais être encore là, demain, pour mieux les accueillir.

Jeannarrche_911
Juin 2009