LES PRÊTRES
Ces hommes, trop fatigués pour rêver,
Déposent à l’ombre de la croix
Le poids infini de leur ressentiment
Contre une vie dont ils n’ont plus la force.
Écrasés sous le fardeau d’un péché
Qu’on leur a dit de naissance
Souffrant de rédemption,
Ils ont perdu tout instinct de révolte.
Ils s’en consolent en jouant les bonnes âmes
Et ne peuvent jouir
Que dans la douleur infinie
Du renoncement à soi.
Ils ont le teint blafard
De la haine et du ressentiment
Et l’haleine fétide
De la mauvaise conscience.
Dans les encens de leur catalepsie,
Ils mumurent des prières narcotiques.
Pour eux le néant a un nom.
Il s’appelle dieu.
Contre toute idée d’éternité
Nous avons la force de l’instant,
Contre leurs infections de lupanars
Notre santé insolente,
Contre leur avarice
Notre gaspillage du temps
Contre leur calendrier de la prévoyance
Notre sens de l’impromptu et de l’inattendu.
Nous avons contre eux enfin
La toute puissance
De notre désir de vivre
Et de jouissance.