L’orage au désespoir.

Portrait de olivannecy

L’orage au désespoir.

Dehors, l’orage grondait et je n’imaginais pas encore que la porte s’ouvrirait si violemment…

- Ce n’est pas croyable ! Mais combien de fois faudra-t-il leur dire de boucler ces satanées ouvertures qui permettent aux rafales déchaînées de s’infiltrer dans l’ensemble de mon domaine ?
- Mais, ma terreur du ciel, dit la tempête, ne t’en prend pas comme cela après nous. Tu sais pertinemment que nous faisons tout notre possible pour faire colmater ces brèches, mais ces satanés nuages ont continuellement la bougeotte.
- Pourquoi ce sacré Eole ne s’essouffle-t-il jamais ? Toujours en vadrouille avec sa pléthore de marmaillons. Que je te souffle au sud, au nord, à l’est ou à l’ouest, que je te désorganise tout ça et ‘PAN !’, c’est la collision inévitable. Moi qui aspire à une paisible retraite, je me dois de remettre de l’ordre dans ce foutoir à grand coup de colères électriques. C’en est trop, ras la casquette, je jette l’éponge.
- Quoi ? Tu ne peux pas abandonner comme cela ! que deviendrait la fabrique d’éclairs et de roulement de tambour ?
- Tu ne vas pas me remettre le couvert avec les conditions économiques du royaume des cieux !
- Ce n’est pas une question d’économies, d’ailleurs, jusqu’ici, tu n’as jamais été avare en manifestations bruyantes, voir carrément colériques. Mais c’est dans ta nature…
- Moi, colérique ? Tu plaisantes. Crois-tu qu’il me soit drôle de devoir constamment intervenir pour disperser les masses à grand renfort de cris et de grondements éclairés ? Quand j’ai accepté de prendre ce boulot, je ne l’imaginais pas aussi pénible. Combien ai-je eu de jour de repos depuis que j’ai pris en main cette affaire ? Aucun ! Me crois-tu increvables ?
- C’est pourtant clair depuis le début, dans ton contrat. Vérifie par toi-même.
- Oui je sais. Peut-être ai-je répondu un peu rapidement à cette annonce. « Vague champ d’investigation, grande liberté d’action sur l’ensemble de la troposphère, horaires et déplacements variables… » tu parles d’un piège. Je n’avais pas compris que cela ne concernait que les décalages horaires. Non, je n’en peux vraiment plus, c’est l’épuisement total. Je suis tellement débordé qu’il me faudrait le don d’ubiquité.
- Mais non, voyons… n’es-tu pas satisfait de tes différents stagiaires ?
- Si mais ils en font un peu trop. Ils se laissent aller à certains débordements inutiles. Je ne sais pas si ce fut une bonne idée de créer les sections ‘tornade’, ‘cyclone’ ou ‘ouragan’, leurs effets me semblent quelque peu exagérés.
- Qu’importe, pendant ce temps, tu te détends par une simple averse, tu joues avec l’écho des montagnes… tu as tout de même des moments de détente, non ?
- Mouais… n’empêche que j’aimerais faire une pause, prendre un peu de vacances. Comment me libérer d’un contrat qui finalement s’avère éternel ?
- Tu vas tout de même pas me faire une dépression ?
- Non, c’est bon, j’en fais suffisamment comme cela.
- Alors, assume ! Arête de me parasiter l’atmosphère avec tes jérémiades. Tu savais très bien qu’en t’associant au vent, tes activités allaient trouver un second souffle.
- Oui mais là il pousse un peu fort. Il a juste à profiter des courants pour se laisser porter et prendre de la vitesse. Moi, je suis obligé de lui courir après. De plus, c’est tout de même dangereux le transport de tous ces trucs électriques. Rappelle-toi, l’année dernière, j’ai bien failli me griller les…
- C’est bon, tu me l’as assez racontée cette histoire fumante. Moi je trouve que tu développes un certain sens artistique avec les différentes manières dont tu illumines le paysage.
- C’est ça, pendant que tu y es, dis que je suis un véritable illuminé…
- Non, tu radotes vraiment avec toutes ces colères. Vois à varier un peu tes expressions.
- Tonnerre, ce n’est pas de ma faute si je bégaie à chaque fois que je m’emporte. Allez, ça suffit, je vais prendre l’air.
- L’air de quoi ? lui demande tempête en rigolant.

Orage lui lance un regard éclair et sort en claquant la porte assez violemment pour que l’écho vibre encore au fond de nos vallées.

19/04/09
:oj LeR@miou