Madame Toulemonde

Elle écrit depuis qu'elle sait tenir un crayon; des bariolages, des couleurs, des expressions, des tournures plus ou moins conformes, des petits poèmes pour se dire un petit quelque chose au milieu du grand silence, pour se comprendre, pour expliquer, pour dire; ou juste pour dire.

Du plaisir de l'échange elle persiste à découvrir d'autres mondes. Elle veut leur permettre de se développer : de s'exploser, de crier, de pleurer, de rire, de chanter en toute liberté; Faire par des mots, par des compréhensions, un espace pour chacun, créer un espace de survie bénéfique. Ne sait-on jamais l'utilité de funestes expériences !

Demeurer Madame Toulemonde dans une société empreinte de mimétisme compresseur est pareil un défi. En effet, vous avouerez : Quand le robot règne au milieu d'épaves mentales, conserver une identité, même celle de Madame Toulemonde, relève de l'exploit.

Il faut dépenser une énergie hors du commun pour ne jamais s'effacer, surtout lorsque la gomme tient ferme entre les dents des requins ou des griffes de leurs charognards, chevaleresquement attitrés. La gomme constitue peut-être, ou toutefois, le dernier recours contre les bêtes d'esprit persiflant des prétentions magnanimes.

En moins de temps qu'il en faut, comme prix d'une grande naïveté, les plus beaux espoirs, les plus grandes ambitions seront devenues le terrain récréatif où on tente en premier d'abattre le cheval avant de détruire les armatures les plus robustes.

Madame Toulemonde n'aura jamais existé et, même au détriment d'une personnalité, se sera glissée en contrepoids préservant son intégrité au milieu d'une guerre impitoyable.

Que subsiste-t-il, Madame Toulemonde disparue ?